Tribune | Brexit : et si on en tirait enfin des leçons ? (Libération)

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Tribune. Ce mercredi, le Parlement européen se prononcera sur l’accord qui entérine la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cet accord marquera la fin d’une longue période d’incertitude et de discussion ouverte par le vote du peuple britannique en 2016. Quatre ans après, c’est pourtant un sentiment étrange qui nous habite. Aucune leçon n’a été tirée d’un événement pourtant inédit dans l’histoire de la construction européenne. Pour notre part, nous sommes convaincus que le Brexit est un nouveau symptôme de la crise multiforme que connaît l’Union européenne.

Alors qu’elle a été fondée sur un idéal de paix et de concorde, les principes inscrits dans les traités et les politiques qui en résultent engendrent la guerre de tous contre tous. Initiée avec le soutien des peuples européens, elle s’est malheureusement largement détournée de la volonté populaire lorsque le traité de Lisbonne est entré en vigueur malgré le rejet du Traité constitutionnel européen par les peuples français et néerlandais en 2005. Quant aux promesses d’harmonisation sociale et fiscale, elles ressemblent désormais à des vœux pieux auxquels même les plus optimistes ne croient plus. …

Tribune. Ce mercredi, le Parlement européen se prononcera sur l’accord qui entérine la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cet accord marquera la fin d’une longue période d’incertitude et de discussion ouverte par le vote du peuple britannique en 2016. Quatre ans après, c’est pourtant un sentiment étrange qui nous habite. Aucune leçon n’a été tirée d’un événement pourtant inédit dans l’histoire de la construction européenne. Pour notre part, nous sommes convaincus que le Brexit est un nouveau symptôme de la crise multiforme que connaît l’Union européenne.

Alors qu’elle a été fondée sur un idéal de paix et de concorde, les principes inscrits dans les traités et les politiques qui en résultent engendrent la guerre de tous contre tous. Initiée avec le soutien des peuples européens, elle s’est malheureusement largement détournée de la volonté populaire lorsque le traité de Lisbonne est entré en vigueur malgré le rejet du Traité constitutionnel européen par les peuples français et néerlandais en 2005. Quant aux promesses d’harmonisation sociale et fiscale, elles ressemblent désormais à des vœux pieux auxquels même les plus optimistes ne croient plus.

Les motivations autour du vote britannique ont été largement caricaturées. Elles sont diverses et leurs expressions ont pu parfois prendre des formes que nous rejetons. Mais elles sont d’abord la conséquence des impasses actuelles de la construction européenne. Quand l’Union européenne s’éloigne des peuples, alors les peuples s’éloignent de l’Union européenne.

Au moment où nous devons voter sur cet accord, nous appelons à ce que l’Union européenne tire enfin les leçons de cet événement. Cela doit commencer dans les négociations qui vont s’ouvrir sur les relations commerciales de l’Union avec le Royaume-Uni. Il ne peut être question d’imposer aux peuples européens un nouvel accord de libre-échange favorisant le dumping social et écologique ainsi que l’évasion fiscale. Nous ne l’accepterons pas.

Mais ce sont les fondements même de l’Europe libérale et austéritaire qui doivent être remis en cause. Une conférence sur le futur de l’Europe est prévue dans les prochains mois. Elle n’aura de fondements sérieux qu’en reconnaissant l’absurdité des traités qui régissent aujourd’hui le fonctionnement de l’Union européenne. Elle n’aura de sens qu’en remettant en cause les dogmes qui ont transformé l’idéal européen en une machine à fabriquer inégalités et souffrances sociales, que si elle choisit résolument la voie de l’indépendance à l’égard des autres puissances, en abandonnant notamment un atlantisme archaïque et dangereux. Elle ne sera pleinement légitime, enfin, que si elle associe les peuples à la définition d’une ambition nouvelle. Dès lors, ses résultats doivent être soumis à l’approbation populaire, c’est-à-dire, partout où c’est possible, par référendum. Il n’y a pas d’autre moyen pour retisser le lien entre la construction européenne et la souveraineté populaire.

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