“Les discriminations raciales sont indissociables des inégalités sociales”

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À l’occasion de la journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves, questions-réponses avec Younous Omarjee. L’élu insoumis est président de la Commission du développement régional du Parlement européen, et vice-président de l’intergroupe antiraciste.

Bonjour Younous. C’est aujourd’hui la journée internationale des victimes de l’esclavage et de la traite négrière. En juin dernier, tu obtenais une victoire historique au Parlement européen : la proclamation de l’esclavage comme un crime contre l’humanité. Tu avais porté ce vote, jusqu’à prendre la parole dans l’hémicycle pour convaincre les autres députés européens. Quelques mois après, quel souvenir gardes-tu de cette bataille victorieuse ?

Ce vote est une victoire à plus d’un titre. Nous avons obtenu cette proclamation solennelle, et une journée européenne de commémoration de l’abolition de l’esclavage, à une très large majorité des suffrages. Le Parlement a su se montrer uni. Uni dans ses valeurs, et face à son histoire. Car l’histoire de l’esclavage, je n’ai de cesse de le répéter, est une histoire européenne. Et avec elle, s’est écrite l’histoire du racisme et des discriminations. N’oublions pas que ce vote s’inscrivait plus largement dans une dénonciation des violences policières, quelques semaines après la mort de George Floyd. C’est, en réalité, une condamnation ferme du racisme, en Europe et partout ailleurs.

En 2021, le racisme reste un fléau contre lequel il faut se battre. Selon toi, qu’est ce que ce vote historique apporte dans cette lutte ?

Ce vote est symbolique, mais le symbole, tout comme la mémoire, ont de l’importance. Sa force est de questionner. On ne combat pas le racisme sans en comprendre la genèse. C’est la raison pour laquelle cette journée européenne de commémoration est essentielle pour interroger notre passé, notre rapport à l’autre. Pour au final déconstruire les rapports de dominations, aussi ancestraux soient-ils. Les pires théories de hiérarchisation raciales sont nées en Europe et ont servi de justification à l’esclavage, à l’holocauste et à la colonisation. Tout ce passé forge un univers mental qui continue de structurer les sociétés européennes. Et puisque le regard de l’autre nous rappelle à notre condition, pour parfois nous enfermer dans les jugements et les peurs qu’il charrie, je crois inconditionnellement à la puissance de l’éducation, de la culture.

Selon toi, quelles mesures l’Union européenne doit-elle mettre en place pour éradiquer le racisme ?

La question des discriminations raciales sont indissociables des inégalités sociales et de genre. Bien souvent elles se superposent. C’est la direction que doivent emprunter nos institutions européennes, et le fil rouge de mon engagement politique. Les luttes doivent s’épauler, les réflexions se bâtir entre elles, sans s’exclure mutuellement. L’Humanité sortira grandie. Car, en réalité, tous les crimes racistes nous obligent non seulement à les dénoncer mais à faire évoluer notre société, radicalement. En septembre dernier, la Commission européenne a dévoilé un plan d’action contre le racisme. Je veillerais attentivement à sa mise en oeuvre.

Au sein des institutions européennes combien de personnes de couleur ont accédé à des postes à responsabilité ? Cette absence en dit long sur les structures actuelles qui sont la marque d’un héritage raciste et colonial. Partout où cela est possible, il faut sortir de l’ombre celles et ceux qui incarnent l’Europe : les européens afro-descendants, les européens d’origine asiatique, les Indiens, les Roms… Pas uniquement parce qu’ils seraient le symbole d’une diversité, mais parce qu’ils sont des citoyens à part entière. Dans les pays européens, qui ont bâti leur puissance économique sur ce crime contre l’humanité qu’est l’esclavage, les discriminations sont acceptables tant qu’elles sont discrètes, qu’elles taisent leur nom. Cette configuration de la société et de la vie politique doit disparaitre.

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