Discours sur l’état de l’union : hypocrisie, faux-semblants et priorités aberrantes pour une UE peu reluisante

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Ce matin, Ursula Von Der Leyen se livrait à son grand discours annuel sur l’état de l’Union européenne, un exercice d’autosatisfaction et de faux-semblants dans lequel la Commission européenne a toujours excellé. Sans surprise, Madame Von Der Leyen s’est vantée d’une gestion de la pandémie exceptionnelle, de grandes avancées dans le domaine du climat et dans celui du numérique, de beaux projets pour les jeunes, de solidarité avec le peuple afghan… Autant de points qui méritent d’être fortement nuancés. Si une grande partie de son discours était consacré à l’Europe de la défense et à la militarisation, quasiment rien n’a été dit sur l’urgence sociale et sur les droits des travailleurs. Nous vous proposons donc une autre analyse de l’état de l’Union, bien plus proche des réalités que cette grande opération de communication.  

Une crise gérée selon les intérêts des labos 

Il y aurait bien des choses à redire sur l’état de notre union et sur l’attitude de la Commission européenne à cet égard. Commençons par le plus évident : la gestion de la crise Covid a été désastreuse. Nous n’aurions sûrement pas connu tant de morts et n’aurions pas été confronté à des confinements, couvre-feux et restrictions en tous genres si les hôpitaux avaient été mieux préparés et protégés. Or ces dernières années, ils ont plutôt été sujets à des coupes budgétaires massives dans une logique de casse systématique des services publics encouragée par… la Commission européenne. Entre 2011 et 2018, celle-ci a demandé 63 fois aux États membres de l’UE de privatiser certains pans du secteur de la santé ou de réduire leurs dépenses publiques de santé. Et porte donc une lourde responsabilité dans ce désastre sanitaire. 

Rappelons-nous des pénuries de masques, dues à des délocalisations massives qui accroissent notre dépendance à l’égard de pays tiers, sur des secteurs aussi cruciaux que celui de la santé. Rappelons-nous également du fiasco sur les vaccins, dû à des contrats obscurs passés avec les laboratoires pharmaceutiques seulement préoccupés par le profit. Si des mois et des mois plus tard, 70% des européens ont enfin reçu au moins une dose, c’est seulement le cas de 1,8% de la population dans les pays à faible revenu. Les pays riches s’accaparent les vaccins et se dédouanent grâce au dispositif Covax, qui au lieu d’avoir distribué un milliard de doses au 1er septembre comme prévu, n’en a livré que 270 millions. Mais lorsque pour remédier à cela, le Parlement a demandé la levée des brevets sur les vaccins, la Commission a préféré un déni de démocratie plutôt que de nuire aux intérêts des big pharmas. 

L’urgence sociale ignorée 

Parlons maintenant de la crise sociale engendrée par le Covid. Sans mesures appropriées, cette crise sanitaire s’est transformée en crise sociale, creusant les inégalités et entraînant des millions de personnes dans la pauvreté. Pendant ce temps, les plus riches se sont enrichis et le nombre de milliardaires a augmenté. Un moyen simple de compenser cet écart aurait été d’établir une taxe sur les profiteurs de crise. Ce n’est pas faute de l’avoir proposé, mais la Commission n’a jamais voulu en entendre parler. Pire, alors que l’UE n’exige toujours pas de conditionnalités sociales et environnementales aux fonds européens versés aux entreprises, les licenciements se sont accélérés dans toute l’Europe, privant d’emploi des millions de personnes. 

Un Green Deal en carton 

Cela était à prévoir : Ursula Von Der Leyen s’est félicitée des avancées en matière d’environnement, fière de son beau Green New Deal. Beau, sur le papier. Il y a deux mois, la Commission présentait le paquet climat, un ensemble d’une quinzaine de textes répondant à un objectif : faire baisser les émissions de gaz à effet de serre de l’UE de 55% d’ici 2030. D’emblée, cet objectif est clairement insuffisant. Les experts du GIEC sont formels, le réchauffement de la planète pourrait atteindre le seuil de +1,5°C autour de 2030, soit dix ans plus tôt qu’estimé, et pour éviter ce désastre, il faut réduire nos émissions d’au moins 65% d’ici 2030. Mais au lieu d’écouter les experts, l’UE préfère rester dans une logique de marché inefficace de permis à polluer, notamment avec l’extension du marché carbone. Elle s’apprête à mettre en place des mesures injustes socialement, qui pèseront sur les plus pauvres, sans assurer les compensations nécessaires.

Un manque d’humanité glaçant 

L’état de notre union n’est pas non plus reluisant aux frontières. Alimentant sans cesse les causes des migrations forcées par son soutien aux agressions de l’OTAN, ses politiques commerciales et de pêche spoliatrices, et son inaction climatique, l’Union européenne laisse mourir plus d’un millier de personnes dans les eaux de la mer Méditerranée. Depuis le début de l’année, au moins 1146 personnes y ont perdu la vie, plus du double par rapport à la même période l’année dernière. Mais les dirigeants européens continuent de penser au contrôle et à la sécurisation des frontières plutôt qu’à aider ces victimes et organiser l’accueil de manière coordonnée au niveau européen. Il n’y a qu’à voir les réactions suite à la crise afghane. De son côté, la Commission devrait se voir décerner une médaille de l’hypocrisie, exhortant les Etats membres à accueillir des réfugiés tout en essayant d’externaliser l’accueil en donnant de l’argent aux pays voisins pour qu’ils retiennent les migrants. 

Une obsession pour la défense 

Sans surprise, l’Europe de la Défense a occupé une place prépondérante du discours de Madame Von Der Leyen, à peine quelques semaines après la débâcle en Afghanistan, qui n’a visiblement pas servi de leçon. Plutôt que d’œuvrer pour la paix, vive l’OTAN ! C’est avec fierté que la présidente de la Commission a annoncé la tenue d’un sommet sur la défense, organisé main dans la main avec notre cher Emmanuel Macron. L’obsession pour la militarisation atteint des sommets avec la proposition d’un passage à 0% de TVA sur l’armement, alors même que la Commission s’y refuse sur les produits de première nécessité. Cela est fortement révélateur de son sens des priorités. 

Le recul alarmant de nos libertés

L’année 2021 a également été marquée par un très fort recul de nos libertés. Et alors que plusieurs pays comme la Pologne ou la Hongrie détruisent l’état de droit, menacent la liberté de la presse, l’indépendance de la justice, ciblent la communauté LGBTI et les droits des femmes, la Commission européenne brille par sa passivité, bien plus prompte à exiger des Etats membres qu’ils s’alignent sur les exigences anti sociales et libérales qu’à obtenir le respect des droits fondamentaux. 

En bref, malgré une crise sanitaire, sociale et environnementale sans précédent, le prisme de la Commission ne change pas : libéralisme, croissance et compétitivité. A la Délégation France insoumise, nous nous battons pour que cette logique change radicalement. Nous appelons à décréter l’urgence sociale, et bataillons pour que les milliers de travailleurs précaires soient protégés. Nous exigeons des objectifs climatiques plus ambitieux, appelons à une agriculture paysanne, bio, de proximité et respectueuse du bien être animal. Nous luttons contre l’évasion fiscale, demandons une taxe sur les profiteurs de crise, voulons que les multinationales soient tenues pour responsables de leurs actes. Nous exhortons les pays européens à accueillir dignement les réfugiés et tentons d’obtenir de réelles sanctions contre les Etats qui bafouent les libertés. Nous nous battons pour l’Europe des peuples. 

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