COP 26 : Ce sont les actes et non les beaux discours qui pèsent sur le changement climatique

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Réunis à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre, les principaux dirigeants mondiaux devront négocier et s’engager plus concrètement pour œuvrer à la réduction des émissions de GES. Mais derrière les grands discours, c’est la désillusion qui prime. Les COP et autres grands rendez-vous internationaux s’enchaînent, mais le constat ne change pas : aucune remise en question de la surconsommation, du productivisme, ni de la mainmise des acteurs privés sur les décisions publiques.

L’hypocrisie de l’Union européenne 

Si l’Union européenne fait régulièrement état de ses prouesses en matière climatique, les propositions de la Commission européenne sont souvent bien en-deçà, voire opposées aux objectifs climatiques déterminés par l’accord de Paris. Le paquet climat, futur gros chantier européen, est un ensemble de 12 mesures censées mettre en œuvre les objectifs de la loi européenne sur le climat. Mais alors que la communauté scientifique assure que nous devons réduire nos émissions brutes de gaz à effet de serre d’au moins 65% d’ici 2030, l’Europe en a décidé autrement et s’est arrêtée sur le pâle et insuffisant objectif de 55% net. 

Il en va de même pour la Politique agricole commune (PAC), pan majeur du budget de l’Union, avec un total de 386 milliards d’euros. La nouvelle PAC qui s’apprête à être votée par le Parlement européen pour la période 2021-2027, est clairement à rebours de l’impératif d’une agro-écologie paysanne de proximité respectueuse de la biodiversité . Pas de sortie prévue de l’agriculture intensive, ni de l’élevage intensif, aucune garantie concernant le bien-être animal, subventions massives en faveur des agro-industriels, et bien sûr, exit la régulation du marché, qui garantirait des prix rémunérateurs pour les agriculteurs. 

En ce qui concerne les océans, la Politique commune de la Pêche quant à elle favorise la surexploitation des ressources halieutiques, l’accumulation d’accords de pêche qui entraînent le pillage des pays du Sud, et la destruction des océans et des mers par une pêche industrielle massive et mortifère. En Méditerranée par exemple, 90% des stocks halieutiques évalués sont surpêchés. Pourtant, le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA) voté en juillet de cette année, et doté  de 6 milliards d’euros,  accroît des subventions européennes résolument contraire au respect de l’objectif de développement durable n°14.

L’Union européenne ne se gêne pas pour manipuler la réalité : la PAC est décrite comme “plus verte et plus juste, au service de la sécurité alimentaire du continent”, le FEAMPA comme un fonds qui promeut la pêche durable et sauvegarde les communautés de pêcheurs. Mais dans les faits, aucun changement majeur n’est apporté par ces politiques, et les dogmes libéraux eux, demeurent intouchables.

Les grands patrons ont la part belle sur les décisions internationales

Pourtant responsables de la plupart des émissions de gaz à effet de serre, les grandes multinationales ont une place de maître dans les échanges internationaux. Leur influence sur les décisions politiques est largement dénoncée par de nombreuses ONG, associations et collectifs citoyens, mais le lien intrinsèque entre le privé et le public qu’entretiennent les capitalistes court-circuite toute possibilité de bifurcation écologique.

Il n’y a qu’à regarder de plus près ce qu’il s’est passé aux événements de ces derniers mois. Du 03 au 11 septembre s’est tenu à Marseille le Congrès mondial de la nature, un événement pour parler d’écologie, mais sponsorisé par Nutella. On y retrouve aussi JCDecaux, BNP Paribas, Véolia, Kering, ou encore Ferrero. Un Congrès qui avait plus les allures d’un forum économique que d’un événement écologique. Tout ça sur fond de greenwashing pour des entreprises qui tentent de se racheter une image de défenseurs de la planète tout en détruisant massivement la qualité de l’air, de l’eau, de la faune et de la flore. 

Que dire aussi du sommet sur les systèmes alimentaires mondiaux, sujet éminemment important pour nos sociétés puisque les inégalités d’accès à la nourriture entraînent malnutrition et famine. Dans le monde, 690 millions de personnes ont souffert de la faim sur l’année 2020, un chiffre en constante augmentation. Mais ce sommet a été le théâtre d’un véritable hold-up des lobbyistes. Organisé dans le cadre d’un étroit partenariat avec le Forum économique mondial de Davos, il a fait la part belle au secteur privé et aux multinationales de l’agroalimentaire qui ont mené la barque pour définir les orientations mondiales en matière de sécurité alimentaire en fonction de leurs intérêts économiques. 

Les “moments climat” s’enchaînent, les grands discours et les belles promesses aussi. Mais les résultats, eux, se font attendre.

Ouverture de la COP 26 sur les objectifs non tenus de la COP21 

Selon la dernière évaluation de l’ONU datant de septembre, qui a additionné les nouvelles Contributions au niveau national (engagements nationaux de réduction des émissions), le monde semble se diriger vers un réchauffement catastrophique de 2.7°C d’ici à la fin du siècle, et chaque petite augmentation est annonciatrice de conséquences dramatiques. Mais les dirigeants internationaux continuent d’organiser de tendres pourparlers avec les grands acteurs financiers qui négocient des droits à polluer, et sont invités et reçus comme des rois à des événements censés combattre une destruction qui émane de leurs actions.

Si les COP revêtent une importance non négociable, leur influence est à questionner. La COP21 qui s’est tenue à Paris a été présentée comme un chamboulement majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique, avec l’engagement de 183 pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à contenir le réchauffement en dessous de 1.5°C. Mais ces engagements n’ont pas été tenus. Dans le cas français par exemple, l’Etat vient d’être épinglé par des activistes d’ONG pour manquement à ses propres engagements.

Et alors que la tendance devrait être à la baisse depuis les Accords de Paris en 2016, les auteurs du Global Carbon Project montrent que les émissions mondiales de CO2 ont encore augmenté de 0.6% en 2019. Pour 2021, les chiffres n’augurent rien de bon, étant donné la forte reprise économique mondiale qui s’opère depuis la fin des confinements et du retour des déplacements. 

Alors réévaluer les objectifs déterminés en 2016, c’est une chose. Mais il faudrait peut-être commencer par se donner les moyens de les atteindre , car, présentés comme une grande révolution écologique, ils  ont pour l’instant tout l’air d’un pétard mouillé.

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